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1936 – 1968 – 1995

Trois dates mémorables ont marqué de leur empreinte l’Histoire de la Grève en France.

Je t’invite dans une capsule temporelle où nous allons, grâce à l’I.N.A (L’Institut National de l’Audiovisuel), découvrir trois extraits retraçant les expériences de 1936, 1968 et 1995.

1936 – La Grande Explosion Sociale

Perspective d’un mineur polonais sur l’Avant et l’Après…

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L’INA fournit même la transcription que je pose ici:

Jean Wrobleski

Et à ce moment-là, la répression ne jouait pas simplement pour l’ immigrations polonaises, elle jouait pour l’ensemble des mineurs. La corporation minière a subi quand même des coups à cette époque-là même sur le plan des libertés syndicales. On commençait à avoir les gardes à l’entrée des salles où on se réunissait, puis désigner et inscrire les noms de ceux qui participaient ; ou bien, des orateurs qui prenaient la parole.

Antoine Wachowiak

Heureusement que 1936 arrivait, parce que ça aurait débouché sur une révolution, parce que vraiment, c’était intenable.

Jean Wrobleski

Bien sûr, très rapidement, c’était le Front Populaire. Bon, dire que je savais ce qu’était le Front Populaire à l’époque, c’était un mot pour moi, c’était le Front Populaire. Ce que je savais, c’est qu’il y avait des soirées. Sur la place publique, il y avait de la musique. On dansait, tout le monde se réjouissait. Enfin, il fallait remarquer surtout qu’à ce moment-là, il n’y avait plus de Polonais, il n’y avait plus de Français. C’était la grande camaraderie. Bon, les mineurs, un tant soit peu, bon, disons, ils ont fêté la victoire alors avec un coup de bière ou un coup de rouge. Bon, c’était vraiment l’euphorie. Et c’est seulement après, sur le plan matériel, quand tout s’est calmé, quand le travail a repris après les grèves ; c’est seulement après, qu’on a commencé à apprécier ce que c’était le Front Populaire. Bon, la première chose qu’il nous a annoncée, c’était les 12 jours de congé. Alors ça, c’était vraiment phénoménal. Qui aurait pensé un jour qu’on pouvait être 12 jours sans travailler, puis être payé ? C’était l’euphorie.

(Silence)

Jean Wrobleski

Pour la première fois, des trains spéciaux étaient organisés par les syndicats. Puis, c’est là qu’on a découvert les côtes du Nord. Je n’avais jamais vu la mer de ma vie. C’est la première fois en 1936 que j’avais été à Malo-les-Bains ; où véritablement, c’était l’invasion des mineurs du Nord-Pas-de-Calais sur la côte de Malo-les-Bains.

(Silence)

Jean Wrobleski

Sur le plan syndical, alors là, il y a eu ce qu’on appelle véritablement un vrai mouvement, un tournant qui s’est opéré. Puisqu’à ce moment-là, il y avait quand même, disons, une organisation solide sans qu’il y ait de contrainte, ni de peur d’aller dans les réunions. Véritablement, on était libéré, disons, de cette peur qui existait avant le Front Populaire. Alors, on a commencé à aller dans les réunions. Bien sûr, on écoutait attentivement les orateurs. Parce qu’au fur et à mesure des événements, on était au courant des choses qui se passaient. Ça veut dire que les grèves n’étaient pas terminées pour autant. De temps à autre, il y avait encore quelques accrochages ; parce que les patrons, bien sûr, certainement, ce n’est pas avec plaisir qu’ils avaient vu arriver le Front Populaire. Alors, il y avait quand même des revendications. De temps à autre, il y avait quand même, je ne dirais pas des grèves générales ; mais enfin quand même, des grèves dans certains quartiers pour tel et tel problème spécifique dans une taille ou bien dans une bowette. Il y a des groupes d’ouvriers qui se mettaient en grève, parce qu’on ne voulait pas discuter de leur salaire, et ainsi de suite. Disons quand même que, il y avait ce qu’on appelle véritablement un changement. Alors le plus grand, celui qui est le plus important à mon avis, c’est un peu plus de respect par rapport à l’ouvrier. Les porions ont commencé à baisser un petit peu comme on dit leur pavillon. Parce que, autant qu’on se faisait insulter avant le Front Populaire, ils prenaient un peu plus d’égards pour nous parler à l’époque. Et je me rappelle même une période où il arrivait que je ne sais pas, on peut en parler parce que ça se faisait. Etant donné que c’était le Front Populaire, il y a des mineurs qui se mettaient en tête. Bon ben maintenant, pour un oui ou pour un non, on peut débrayer. Alors, je me rappelle une fois, j’étais au pied d’un chargement comme Galibot. Alors, au matin j’arrivais, et je préparais les berlines pour charger le charbon qui sortait de la taille sur un couloir oscillant. Alors, j’avais une espèce de cordeau. Quand je tirais le moteur à piston, il se mettait en route et faisait osciller les couloirs pour charger. Alors, il y en a un qui me retirait le cordeau, puis a arrêtai la taille. Alors, je demandais, qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi vous ne voulez pas que je charge ? Parce que le porion était rentré dans le quartier, alors on a arrêté. En revanche, ce sont des phases où véritablement,disons, on passait d’un extrême à l’autre. Il fallait quand même qu’il y ait un agent de maîtrise qui surveille le quartier. Mais enfin, c’est pour bien situer la période entre avant le Front Populaire et après le Front Populaire. Il y a eu tellement de choses avant, que les gens se croyaient tout permis de… ; par exemple même d’empêcher un porion de rentrer dans le quartier ; surtout lorsqu’il avait un comportement qui était pas celui qu’il aurait dû avoir avant le Front Populaire. Enfin ça, c’était pour la petite histoire. Enfin, le travail était beaucoup plus, je ne dis pas ralenti ; non mais enfin, on travaillait correctement sans qu’il y ait tout le temps quelqu’un qui crie derrière : tu n’en fais pas assez ou tu seras amendé parce que tu n’as pas fait assez de berlines. Parce qu’avant le Front Populaire, qu’est-ce que ça a dégringolait les amendes hein ? Il n’y avait pas une journée où on avait au minimum 40 sous, on disait à l’époque, c’était 2 francs. Ben, 2 francs par ci, 2 francs par là, au bout de la quinzaine ça faisait quand même une retenue importante. Et à ce moment-là, les amendes, elles commençaient vraiment à diminuer. Il fallait vraiment une faute grave pour que l’amende persiste encore. Enfin, c’était vraiment une bonne période.

Jacques Renard

Et elle a duré combien de temps cette période ?

Jean Wrobleski

Oh, on aurait aimé que ça dure longtemps. Malheureusement, il faut dire qu’elle a duré jusqu’en 1938, où il y a eu cette fameuse première mobilisation. C’était à l’époque, je suppose que ça doit être l’époque Munich. Et on commençait à parler de la guerre. Et moi-même, en ce qui me concerne, je n’étais plus concerné sur le plan local ; puisqu’à ce moment-là, j’étais parti sous les drapeaux.

 

1968 – La Fouge du Monde Etudiant..

J’ai retrouvé (toujours grâce à l’INA) une rétrospective complète pour saisir l’ambiance de l’époque..et la chronologie des faits.

Avec une célèbre phrase du Général de Gaulle: « La Réforme oui ! La Chienlit, non ! » (la chientlit : le désordre).

1995 – La France Irréformable ?

Le 1ier Ministre Alain Juppé qui était extrêment déterminé à mener à bien un ambitieux programme de réforme des Retraites et de la Sécurité Sociale  devra reculer face à la pression de la rue..

 

Voici donc environ 60 ans d’Histoire de France à travers le prisme de ces trois grêves. Dès lors, une question me brûle les lèvres. Comment se passent les grêves dans ton pays ?

Réponds-moi vite ! A bientôt.